jeudi 1 octobre 2026

Le quai de Ouistreham

Florence nous plonge à travers son expérience dans les vies de personnes en difficultés d’emploi et de revenus. Dans cette réalité dure de ceux qui ont du mal à terminer les fins de mois. De ceux qui veulent bosser, mais qui ne trouvent pas leur place dans ce monde tel qu’il est. On vit, on vivote, on espère, on accepte tout.

J’ai aimé

Plongée glaçante. On ne parle pas de nombres, de statistiques, ni de gens inconnus, mais de personnes, de noms, de parcours de vie. On parle de contexte, du vrai vécu, celui qui parle des sensations, du froid, du message sonore en fond, des difficultés réelles, celles qu’on ne peut que vivre pour les rapporter. L’étape suivante serait de soi-même vivre cette expérience.

Enfin quelqu’un prend le temps de raconter ce réel tel qu’il est vécu par tant de silencieux anonymes. Car comment le raconter lorsqu’on est pris dans ce système qui ensorcelle.

L’écriture est fluide, simple, elle ne veut pas impressionner, laissant toute la place au sujet principal de ce livre : la misère humaine la démerde.

J’ai moins aimé

Il est toujours difficile de ne pas imaginer Florance Aubenas dans cette situation, se disant que pour elle, dans quelques mois, elle retrouvera Paris et son mode de vie confortable. La limite est bien gérée, le discours est toujours très humain. Et elle en parle de cette dissonance, elle l’accepte et cette dernière, ainsi que les interrogations font également partie du récit. Cette gêne que j’ai dû gérer tout le long du récit, elle l’a vécu… Et puis, n’est-ce pas là le miroir de ma propre situation de lecteur, confronté à la misère, voyeur encore plus dans le confort ?

Mon avis, mes pensées sur le sujet

Merci d’avoir donné la voix à ce monde qui n’en a pas. Tous ces vécus, qui semblent si loin quand on ne les fréquente pas. Ça nécessitait un vrai talent que de les faire s’exprimer, mais surtout une humanité sincère. Parceque quand on est dedans, là, dans le froid à attendre le ferry, ce n’est pas là que l’on va écrire. Ni même quand on rentre le soir.

vendredi 18 septembre 2026

Pourquoi je quitte la tech

Lorsque j’ai commencé à m’y intéresser, au lycée, la tech c’était un continent à explorer. C’était accessible, ça se basait sur des capacités techniques, et on pouvait tout imaginer.

J’ai appris à coder en PHP, le HTML, le CSS. Les rendus n’étaient pas « beaux » mais on jouait... on modifiait un CMS installé sur un serveur pageperso.free.fr et c’était FUN !

On imaginait des services : « oh regarde, si on mutualisait l’accès à un FTP ? » juste avant l’apparition de Dropbox... cela nous confortait dans l’idée qu’on pouvait changer le monde.

Changer le monde c’était entendu comme « en mieux ». Faciliter la vie des gens. Ce FTP éviterait de se promener avec une clé USB ou de perdre ses documents.

Puis la tech s’est orientée, maintenant c’est faire du business l’enjeu. Alors on s’est dit « et là je pourrais devenir le prochain Mark Zuckerberg »... Impact démesuré, rêve de grandeur. Il faut aller là où se trouvent les capitaux, la Silicon Valley ! La promesse d’un succès émergeant d’un terreau « compétences, idée, et un peu de chance » semble y fonctionner à merveille. Job, Packard, Gates, Brin et Ellison... Bientôt à moi la Tesla ! Bon et au passage, on ne fait pas de mal. C’est quoi un peu de pub en échange d’un service utile ? Les données personnelles ? C’est anonymisé, t’inquiète... et au pire ce ne sont que tes photos de vacances, rien d’important.

Aujourd’hui, L’IA fait peser des risques forts sur nos sociétés : environnement, souveraineté, intelligence... Les technologies « cool » du passé servent à faire regarder une pub dans des toilettes publiques afin de débloquer le papier (!) Les objets connectés servent à la police américaine à traquer et arrêter des gens. Se lancer ne dépend plus que du nombre de tokens que tu peux acheter et du réseau de ton école de commerce que tu peux solliciter. Plus de compétence requise. Fini le bien commun. Adieu le rêve d’une tech équilibrée et vertueuse. La mort du fun.

La fin d’un rêve.

Même professionnellement, l’IA devient la norme... et je n’ai pas fait des études d’ingénieur pour terminer à relire et corriger les hallucinations du dernier LLM autorisé dans la boîte.

Il est donc temps de partir.

Adieu la tech. On se sera bien marrés.

lundi 6 avril 2026

« L’argument du rêve » — Exposition de la fondation Pernod Ricard

Très tôt l'humanité s’est pensée dans ses rêves.
Il s’agit du lien vital, du récit dans la constitution
d’une conscience collective, d’une communauté.
Que raconter pour accepter d’être ensemble  ?
Des songes, précisément.
Anne Dufourmantelle, Intelligence du rêve, 2012, Éditions Payot

Visite organisée sur le temps de midi. Me voici donc à entrer pour la première fois dans la fondation Pernod Ricard. Passant régulièrement devant, je n’en ai par ailleurs jamais entendu parler.

L’argument du rêve

Le rêve me parle beaucoup en ce moment. On se remet à rêver à la maison. Dans tous les sens du terme. Commençons par ce que cela m’évoque.

Le rêve « désir », cet absolu qui nous émerveille. Un rêve de voyage. Le rêve « fantastique », cet univers étranger où nous sommes entraînés. Cet imaginaire qui nous intrigue que l’on se raconte le matin.

Cette exposition prend comme point de départ une hypothèse, celle de reconvoquer aujourd’hui le rêve pour ce qu’il peut raconter de nos modes d'existence, de relation et de représentation. ‌Descriptif sur le site de la fondation Pernod Ricard

C’est donc sur ce thème que les trois pièces de la fondation nous emmènent. Ce rêve qui mélange une réalité, sans qu’on ne puisse la saisir.

Drôle de titre, cependant.

De l’art contemporain, ou de la perte de repères.

J’avoue, je n’étais pas renseigné ni prêt à découvrir cette exposition. Collages, peinture, photographie et sculpture. Deux artistes, cinqsix œuvres. Une visite guidée qui explique à merveille.

Certainement utile afin de pouvoir se rattacher à l’histoire de ces objets. Cela retire du songe qu’il peut y avoir en regardant un objet, sans explications.

La fenêtre sur Saint-Lazare

Mention spéciale à cette fenêtre. Regard plongeant sur un hall de gare si familier. Une nouvelle perspective. Présent, mais coupé de ce monde. Des trains qui se répètent à l’infini, une sensation d’espace liminaire.

Une plongée éthérée dans cet espace infini Reproduction en peinture (la photo ne rend pas justice à l’œuvre)